Compte -rendu de la table ronde sur la santé

Publié le par PCF Tarbes

DANS QUEL ETAT EST NOTRE SYSTEME DE SANTE ?

 

Le 16 Mai dernier, la section de Tarbes du PCF organisait une table ronde sur le thème de la santé et de l’hôpital. Ainsi trois médecins, quatre syndicalistes, une militante pour les droits des femmes et un militant communiste, ont apporté leur contribution pour dresser le bilan et faire des propositions.

 

Tour de table :

Dans son introduction , le militant communiste a pointé que la France n’est plus le pays où on est le mieux soigné au Monde. Ainsi, nous avons un système de santé plus curatif que préventif, un taux élevé de décès prématurés (avant 65 ans), de grandes inégalités d’accès aux soins, des déserts médicaux, des hôpitaux de proximité en voie de disparition, un reste à charge élevé pour les soins audio, optique et dentaire. Or, le nouveau Président Macron et son gouvernement très à droite, s’apprêtent à aggraver la situation sanitaire de notre pays. Mr Macron à promis de rendre efficient le système de santé, c’est à dire d’aboutir à de bons résultats avec un minimum de dépenses. Il prévoit d’autonomiser les hôpitaux et de remettre en cause de fait le statut des fonctionnaires hospitaliers en individualisant un certain nombre de salaires. Il veut accélérer le déploiement des GHT et améliorer le dialogue avec le secteur privé. Bien évidemment dans les 120000 postes de fonctionnaires qu’il entend supprimer en 5 ans, il y aura nombre de fonctionnaires hospitaliers.

Le docteur Michel Limousin est le coordinateur d’un livre intitulé : « Santé et protection sociale solidaire en 2017 » aux éditions Le Temps des Cerises, écrit par plusieurs membres de la Commission Nationale Santé/Protection Sociale du PCF. Il est intervenu sur la proposition de porter la part du remboursement Sécu à 100 % dans le cadre du principe d’universalité. Ce principe serait une Sécu dont l’objectif sert à protéger tous les citoyens de tous les risques de la vie. Cet objectif devrait être aujourd’hui prioritaire. Il s’agit de rembourser 100 % de ce qui est prescrit, c’est à dire justifié médicalement. Le 100 % Sécu impliquerait une organisation différente de notre système de santé. Ainsi il faudrait sortir du tout paiement à l’acte et de la T2A à l’hôpital. Il faudrait aussi mettre en place un pôle public du médicament, afin notamment, d’en limiter les coûts qui actuellement enrichissent les laboratoires pharmaceutiques. Cette mesure est revendiquée de longue date par le PCF. Bien évidemment, la généralisation du 100 % Sécu entraînant la disparition des Mutuelles et des Caisses de Prévoyance, impliquerait que leurs personnels soient intégrés dans le giron de la Sécurité Sociale.

Le représentant de l’Union Départementale CGT, José Navarro réaffirma que les ordonnances ne sont pas toujours utilisées pour faire passer des mauvais coups comme s’apprête à le faire Mr Macron cet été pour atomiser le Code du Travail. En 1945, ce sont des ordonnances qui instaurèrent le système solidaire de la Sécurité Sociale. Aujourd’hui on nous invoque la nécessité de réduire l’offre de santé, pourtant on ne dépense pas trop. Aux Etats Unis on dépense beaucoup plus et pourtant tout le monde n’est pas couvert par le système. Mr Trump, trouvant pourtant que c’est déjà trop, s’apprête à détruire l’Obamacare ce qui plongera dans l’incapacité de se soigner des millions supplémentaires d’américains. En France on assiste à la privatisation du système. Le secteur privé lucratif (secteur 2), tend à avoir le monopole du Médico chirurgical « paye bien ». C’est le cas dans les Hautes Pyrénées avec la Polyclinique de l’Ormeau qui appartient à un groupe dont le siège est au Luxembourg. Les gens d’ici sont obligés de passer dans le privé pour pouvoir se soigner. Le système solidaire est systématiquement déconstruit. Face à cela il faudrait créer des chambres territoriales de santé pour mieux orienter les choix. Les Groupements Hospitaliers de Territoire et les purges austéritaires entraînent une dégradation considérable des conditions de travail des personnels. Il faut de nouveaux financements afin, notamment, de créer des emplois en nombre suffisant.

La syndicaliste CGT de la polyclinique de l’Ormeau a expliqué que la santé va mal depuis plus de vingt ans. Dans son établissement, pratiquent les prix qu’ils veulent. Les monopoles de spécialité des cliniques privées lucratives sont tolérés par les ARS qui en sont les complices.

Sa camarade CGT de l’hôpital de Bagnères de Bigorre constate que le parcours du patient est devenu compliqué. Il n’y a pas assez de lits de libre et les personnes sont renvoyées prématurément à leur domicile. Les personnes qui interviennent au domicile sont des salariés précaires. A l’hôpital, les personnels sont à bout. La T 2A est un véritable carcan qui a entraîné l’éloignement du soin qui, de ce fait, est empreint de beaucoup moins d’humanité qu’auparavant.

Daniel Labarre représentant le syndicat SUD-Solidaires des Hautes Pyrénées et secrétaire du syndicat SUD des Hôpitaux de Lannemezan a expliqué comment son établissement s’était dégradé au fil des ans depuis, notamment, la fermeture des la Maternité. Actuellement il y a une lutte contre les GHT qui dure depuis plusieurs mois. Une part importante de l’activité de son syndicat est consacrée à la défense des salariés. Toutefois, sous la pression des conditions de travail qui se dégradent des équipes entières demandent d’elles même à passer au roulement en 12 heures pour pouvoir venir moins souvent au travail. Cette demande est faite, malgré les risques graves de santé que les 12 h engendrent à coup sûr. Son syndicat, en règle générale fait de la prévention auprès des équipes demandeuses et explique son refus de cautionner une telle revendication en expliquant que son syndicat propose plutôt le passage aux 32h de jour et 30h de nuit.

Micheline Gouadebaix, militante pour les droits des femmes a relaté les problèmes de santé sexuelle des femmes et des jeunes filles de notre territoire. Elle a pointé que si la législation française existait en la matière, ce n’est pas le cas des décrets d’application. Elle a soulevé la nécessité que toutes les femmes et les jeunes filles puissent avoir facilement accès, dans le cadre d’un système de prévention efficace, aux moyens de leur contraception afin qu’elles puissent disposer librement de leur corps et de leur vie.. Or, le manque de médecins scolaires, par exemple, est criant. De plus, avec la fermeture des maternités de proximité de Lannemezan et de Lourdes, les centres d’IVG sont, désormais, insuffisants et trop grands quand ils existent. Ceux-ci devraient être des structures de proximité plus légères. De ce fait, on envoie des femmes et jeunes filles de notre département avorter en Espagne. Ce sont les personnes les plus vulnérables, du fait de leur situation sociale et mentale précaire, qui sont les plus exposées aux grossesses non désirées. Il convient de mettre en place tous les moyens nécessaires pour les aider. Concernant les violences faites aux femmes et la maltraitance, elle relève une difficulté d’accueil aux urgences hospitalières du fait leur saturation régulière et des situations de quasi burn out des personnels de ces services. Cette situation peut être qualifié de dangereuse pour les victimes et futures victimes.

Un jeune médecin généraliste effectuant des remplacements, est intervenu sur la nécessité de former immédiatement plus de médecins en relevant encore plus le seuil du numerus clausus, en respectant les capacités de formation. Ainsi, par exemple, Tarbes est en situation catastrophique concernant le nombre de médecins. Les généralistes actuels ont un taux de patientèle bien trop élevé et, malgré leur très bonne éthique professionnelle, ils ne peuvent, lors des consultations, consacrer le temps nécessaires aux patients qui le nécessite. Il a évalué à 12 à 20000 patients dont le médecin traitant partira à la retraite dans Tarbes et sa banlieue pour les prochaines années (soit environ 12 médecins). Puis il a dénoncé les conflits d'intérêts intervenant dans la pratique des médecins. La première source de conflit d'intérêt qu'il a cité est celle venant des laboratoires pharmaceutiques. Elle s'exerce à tous niveaux : présence dans les services hospitaliers et les cabinets médicaux, présence pendant les études, sponsorisation d’événements de formation médicale initiale et continue, réalisation ou financement des études scientifiques, etc... Mais nombre de ces éléments répondent à des carences du service public, notamment sur la formation médicale continue et la recherche. Une politique de lutte contre l'influence des industriels du médicament doit forcément remédier à ces carences.

Il a aussi pointé que par manque de financements publics, les médecins ont du, pour maintenir un bon niveau de pratique, avoir recours à l’aide financière des laboratoires pharmaceutiques. Cette situation, les rend en partie dépendants des représentants de ces produits pharmaceutiques omniprésents au quotidien et qui représentent un marché juteux, extrêmement lucratif. De plus il a mis en cause le principe du paiement à l’acte, qui favorise la réalisation d’actes à la chaîne, ces temps-ci favorisée encore par la démographie médicale déclinante. De plus, la précédente convention a introduit en France la Rémunération sur Objectif de Santé Publique (ou Paiement à la Performance) dans laquelle le médecin touche une prime de plusieurs milliers d'euros en fonction de sa réponse à un certains nombre de critères. Y figurent par exemple le taux de cholestérol de certains patients, les prescriptions de génériques, la moindre prescriptions de certaines classes thérapeutiques jugées délétères. Mais cela pose de nombreux problèmes : les critères sont contestables dans le fond, ils sont fixés par les technocrates de l'assurance maladie, qui n'en ont pas la compétence ni la légitimité, ils ne correspondent que très partiellement à ce que l'on pourrait appeler de « la bonne médecine », ils peuvent, sur des critères économiques, aller à l'encontre de l'intérêt des patients (avec par exemple la tentative d'introduction comme critère du nombre de jours d'arrêt maladie prescrit, des transports ou des examens de biologie), ils s'appuient sur des arguments statistiques qui ne reflètent pas la réalité des situations des patients. Cela ne fonctionne pas pour diminuer la morbi-mortalité . En effet ce système existe au Royaume-Uni depuis plus longtemps et ne montre pas d'amélioration de l'état de santé. Certaines assurance américaines qui l'utilisaient l'ont abandonné, plutôt pour son inefficacité économique. Cela coûte à l'assurance maladie des sommes astronomiques, plusieurs centaines de milliers d'euros par an, sans qu'il y ait eu de débat démocratique à ce propos.

Alors, les médecins seraient t-ils des homo économicus ? C'est-à-dire cherchent-ils en toute occasion à maximiser leur bénéfice ? C'est peu probable et la plupart sont plutôt mus par une volonté d'aider l'autre dans une relation désintéressée. Mais il appartient aux citoyens de ne pas favoriser les organisations et les modes de rémunération qui favoriseraient cet aspect. Il s’avère urgent de développer d’autres formes de revenus afin d’améliorer la prise en charge en soins primaires de la population.

RC est aussi médecin généraliste, actuellement en poste de médecin du travail. Après avoir remercié les organisateurs de cette table ronde, pour avoir donné l’occasion de parler de santé, elle à pointé que les inégalités de santé étaient une réalité et que de fait la nécessité de les résoudre, en faisait des enjeux politiques majeurs. Il en est ainsi de l’accès au logement, de l’accès à la santé, de l’amélioration de l’environnement, de l’insécurité alimentaire. De ce fait, elle a noté qu’il était nécessaire que la prévention en santé devienne accessible à toutes et tous et pas seulement à celles et ceux qui en ont les moyens. Sur le regroupe ment des professionnels de santé dans des maisons de santé, elle s’est demandé si cela était une bonne chose. Sur la démocratie de la santé elle se demande si les usagers sont vraiment acteurs de la situation en déléguant, par exemple, des représentants à la Conférence Régionale de Santé, alors que la population n’est jamais informée de ce qui s’y passe et de ce qu’ils y font. Enfin elle constate que les questions de société, impactent complètement les questions de santé. De ce fait, qu’en est-il de la Santé Publique et de la Santé au Travail ?

Pour clôturer cette soirée, le Dr Limousin a confirmé que les Directeurs d’ARS étaient bien des Préfets politiques puisqu’ils dépendent du… Ministère de l’Intérieur ! Sur les questions de démocratie et de formation il a affirmé que le système était, actuellement, totalement verrouillé. Sur l’hôpital il a pointé la nécessité d’imposer un moratoire sur les réformes en cours et de discuter sur le contenu de réformes progressistes. Pour cela il faut mettre en place des Etats Généraux de l’hospitalisation et de la santé. Sur les financements, il y a une chose facile à faire immédiatement : il faut supprimer la taxe sur les salaires et exonérer les hôpitaux du paiement de la TVA. Cela couvrirait 13 % des dépenses. De plus, il faut supprimer le principe de gestion des hôpitaux selon des enveloppes fermées, supprimer la T2A et l’EPRD, restaurer les budgets de fonctionnement hospitaliers, financer l’hôpital à partir des besoins de la population, lancer une politique nationale d’investissements hospitalier. Il faut, aussi, ouvrir les chantiers de progrès : améliorer le lien patient/hôpital, libérer du temps médical en soustrayant les médecins des tâches administratives, ne pas laisser partir les médecins hospitaliers. Si on ne prend pas, rapidement, certaines mesures la catastrophe hospitalière est inévitable. Enfin, pour mettre en place le 100 % assurance maladie de tout ce qui est prescrit, il suffirait, seulement, de trouver 1,82 % de recettes supplémentaires.

 

Compte -rendu de la table ronde sur la santé
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